Bonjour
Ce n'est pas mon habitude, mais une fois n'est pas coutume, dit-on...
Petit "recopiage" d'un article de "Pour la Science" de mars 2005, par
Laurent Lafforgue.
"Le français, au service des sciences
Les sciences, dont les racines sont culturelles, seront d'autant plus
créatrices qu'elles seront conçues et énoncées dans une pluralité de
langues
de grande culture.
Les mathématiques sont quasiment la seule science où, en France, les
chercheurs continuent à publier couramment leurs travaux dans notre
langue.
On a coutume de dire que c'est parce que l'école mathématique française
occupe dans le monde une position exceptionnellement forte qu'elle peut
préserver cet usage. Je suis persuadé que la relation de cause à effet est
inverse : c'est dans la mesure où l'école mathématique française reste
attachée au français qu'elle conserve son originalité et sa force. A
contrario, les faiblesses de la France dans certaines disciplines
scientifiques pourraient être liées au délaissement linguistique. Les
ressorts de cette causalité appartiennent non pas à l'ordre scientifique,
mais à l'ordre humain ; elles ont trait aux conditions psychologiques,
morales, culturelles et spirituelles qui rendent possible la créativité
scientifique.
Sur le plan psychologique, faire le choix du français signifie pour
l'école française qu'elle ne se considère pas comme une quantité
inéluctablement négligeable, qu'elle a la claire conscience de pouvoir
faire
autre chose que jouer les suiveurs et qu'elle ne se pose pas a priori en
position vassale. Bref, ce choix est le signe d'une attitude combative, le
contraire de l'esprit d'abandon et de renoncement. Cela vaut aussi
individuellement: ainsi, pour moi, pendant de longues années de travail,
une
source de motivation puissante, après l'amour d'un problème difficile et
la
volonté de percer un peu de son mystère, était le désir d'obtenir une
reconnaissance internationnale en écrivant dans ma langue, le français.
Bien
sur, un esprit combatif ne garanti pas le succès, mais il est nécessaire:
comme dit le proverbe chinois, les seuls combats perdus d'avance sont ceux
qu'on ne livre pas.
Sur le plan moral, c'est à dire sur le plan des valeurs qui est plus
im****tant encore, le choix du français, ou plutot l'attitude détachée
vis-à-vis de la langue actuellement dominante dans le monde, signifie
qu'on
accorde plus d'im****tance à la recherche en elle-meme qu'à sa
communication.
En d'autres termes, on écrit pour soi-même et pour la vérité avant
d'écrire
pour etre lu - l'amour de la vérité passe avant la vanité. Il ne s'agit
pas
de renoncer à communiquer avec les autres: la science est une aventure
collective qui se poursuit de siècle en siècle, et même le plus solitaire
des chercheurs dépend complètement de tout ce qu'il a appris et continue à
recevoir chaque jour. Mais refuser d'accorder trop d'im****tance à la
communication immédiate, c'ets se souvenir du sens de la recherche
scientifique.
Le plan culturel et spirituel est le plus difficile à saisir, le plus
hasardeux. Pourtant, il est peut-etre le plus im****tant de tous, celui où
il
y a le plus à perdre mais aussi à gagner. La créativité scientifique est
enracinée dans la culture, dans toutes ses dimensions - linguistique et
littéraire, philosophique, religieuse même. Werner Heisenberg, fils d'un
professeur de grec et l'un des fondateurs de la mécanique quantique, en a
témoigné dnas ses écrits autobiographiques, où il insiste constamment sur
l'im****tance de la culture générale, du rôle qu'ont joué dans sa vie de
physicien ses lectures philosophiques - en particulier Platon, qu'il
lisait
en grec. Alors, gardons la diversité linguistique et culturelle dont se
nourrit la science.
Dans notre monde industriel, nous pouvons penser que la science aussi
est devenue industrielle et que nous autres scientifiques ne sommes plus
que
des techniciens interchangeables... Si nous pensons celà, le destin de la
science française est clair: elle tendra de plus en plus à ne représenter
dans la science mondiale que ce qu'autorise le poids démographique de la
France, c'est à dire... un pour cent!
Orce point de vue est faux, ou plutot il ne vaut que pour ceux qui y
croient. Depuis toujours, la créativité intellectuelle a été le fait d'une
****tion infime de la population dans quelques lieux privilégiés. On ne
peut
contraindre l'esprit à soufler à nouveau dans notre pays, aussi brillant
qu'ait été le passé de celui-ci; mais une condition nécessaire est de
faire
résolument le choix de la singularité, de l'approfondissement de notre
culture, qui s'est tant distinguée au cours des siècles et dont le coeur
est
la langue française. Ainsi seulement graderons-nous une chance de rester
ou
redevenir originaux, de contribuer à la connaissance, et d'etre au service
de l'universalité. "
Fred


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